En français,  Fantastique

Monstrueuse Féérie – Laurent Pépin

« Je ne sais même pas s’il y avait quoi que ce soit de vrai là-dedans. Mais en même temps, les plus beaux souvenirs se rapportent souvent à des évènements qui n’ont pas vraiment existé. »

Editeur : Flatland

Cette chronique découle d’un service-presse. Je tiens à remercier l’auteur pour la confiance qu’il m’a accordé en me faisant parvenir son texte.

Synopsis

Depuis toujours, j’ai du mal à établir des contacts avec les gens “normaux”. Quand je suis dans le trou noir, la tronche à l’envers, avec l’envie d’engueuler le vent et les oiseaux, je me dis parfois que ce sont des modèles en série, des ersatz, des brumes floues, sans consistance.
Alors que les bizarres, c’est plus noble. Eux, ce sont des modèles uniques qui sont nés sans mode d’emploi et en kit et qui ont dû se fabriquer seuls. Alors, bien sûr, ça donne des constructions très personnelles. Les idées ne sont pas au bon endroit, ou bien elles sont morcelées ou trop vastes, sans limites. Et parfois, il manque des pièces. C’est le problème des trucs en kit.
Je suis devenu psychologue et je travaille dans ce Centre. Souvent mon boulanger me demande si ce n’est pas trop dur de travailler avec “les fous”. Moi j’ai envie de lui répondre que ce qui est vraiment dur, c’est plutôt ce genre de dialogue, mais je me tais.
Et je ne peux pas répondre que parmi les Monuments, on peut parfois trouver des elfes.

Pourquoi lire Monstrueuse Féérie ?

• Pour tenter une entrée dans la folie, une expérience aussi déroutante et poétique que terrifiante.

• Pour son écriture particulière, qui ne plaira certes pas à tout le monde mais qui est parfaitement adaptée à ce type d’histoire où le réel se mêle à l’horrifique sans frontière nette.

Mon Avis

Voilà un livre dont il est difficile de parler, ou en tout cas de mettre des mots sur l’expérience qu’il offre. Je n’avais jamais lu quelque chose de semblable et c’est probablement parce que l’histoire possède une part très personnelle. Et aussi très subjective : à la fin de ma lecture, j’avais du mal à savoir quel élément relevait du réel ou bien du fantasmé. Beaucoup de questions restent en suspens et finalement c’est ce qui en fait l’intérêt.

Deux temporalités s’entremêlent tout au long de la lecture. D’un côté notre personnage principal nous raconte sa vie en tant que psychologue, ses patients – les Monuments, comme il les appelle – et sa relation avec une Elfe. Et de l’autre on le suit dans son enfance, lorsqu’il est confronté aux excentricités de ses parents. Et c’est un doux euphémisme : par excentrique j’entends qui se rapproche de l’horreur par moment. Cette partie étant racontée de son point de vue, on peut raisonnablement se demander en quelle proportion la réalité a été déformée à travers ses yeux : la totalité ? Ou quelques détails seulement ? On enchaîne expériences traumatisantes sur expériences traumatisantes, entrecoupées de phases d’angoisse au cours desquels le psychologue essaie d’échapper à ses monstres.

La plume est crue, directe, ancrée dans le présent, et pourtant les propos sont plus déroutants les uns que les autres. Beaucoup de choses sont laissées à notre imagination, l’interprétation surtout, mais aussi la gravité des évènements qu’il décrit. Il se passe des scènes si surréalistes avec les parents, et pourtant le narrateur les racontent simplement, comme si tout cela n’était pas si surprenants, bien que traumatisant. Parfois ce décalage m’a laissée songeuse. Après tout un enfant laisse souvent son imagination déborder dans le quotidien. Mais c’est un adulte, après coup, qui nous raconte tout ça, et sa version est toujours aussi inquiétante.

D’ailleurs, la fin me laisse avec plus de doutes encore, et remet en question tout ce que je pensais savoir sur le personnage principal. C’est assez étonnant, mais en terminant ma lecture j’avais l’impression d’en savoir encore moins qu’au début sur le véritable contenu du livre. Le tout est toutefois portée par une écriture avec un style très défini et imprégné de poésie. Tout cela pourrait même se résumer à cela : tout n’est peut-être que poésie, que métaphores et images. D’ailleurs le parallèle est flagrant lorsque notre personnage parle de décompensation poétique, plutôt que de décompensation psychotique.

En bref, ce fut une lecture déroutante et très originale. Poétique et inquiétante. Il faut éviter de vouloir tout comprendre à chaque instant – d’ailleurs, je me sentais perdue la plupart du temps. Je recommande si vous chercher une expérience nouvelle, et si les monstres qu’on peut apercevoir dans les recoins sombres de nos pensées ne vous empêchent pas de dormir la nuit !

11 commentaires

    • Ecla'Temps

      Je comprends tout à fait : j’ai pas mal luté pour essayer de rassembler les petits bouts de compréhensions de l’histoire que je pouvais attraper. Pour autant, je suis toujours dans le flou et c’est pour ça que je lui ai donné 3 étoiles sur 5. Mais bon, le fait que je n’avais jamais rien lu de semblable m’a beaucoup plu 😂 C’était une expérience intéressante 🙂

  • Light And Smell

    Ton avis sur le côté déroutant du texte rejoint ceux que j’ai pu en lire. J’ai du mal à lâcher prise et de ne pas tout comprendre, mais ton expérience de lecture semble avoir été intéressante…

    • Ecla'Temps

      Oui, je pense qu’on est beaucoup à avoir été perdus par moment :/ Après, soit on essaie désespérément de tout comprendre ou alors on laisse couler, mais je pense qu’il est plus facile de s’en accommoder sur un texte court. Un long roman sur ce train là et j’aurais eu besoin de beaucoup de volonté pour continuer 😅

  • zoelucaccini

    Ah, pas mal, j’aime bien les écrits qui brouillent les frontières. Cela dit, je comprends ton point de vue, accepter de lâcher prise et de ne pas saisir ce dont il est question est très perturbant ! Ca m’est déjà arrivé de lâcher un bouquin pour ça d’ailleurs, alors même que j’aime le principe…
    Je me le note en pense-bête, ça m’intrigue 🙂 Je te remercie pour ce partage original !

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